Les histoires de saint-Blabla
Un mur sépare… un mur divise deux espaces : celui du théâtre des morts et celui des vivants…
… à la lisière, à la frange de cette limite : deux hommes…
… deux hommes et non pas deux personnages.
Une brèche dans le mur va devenir le prétexte : passer de l'autre côté, et faire exister le théâtre, la tragédie. Ils s'amusent à jouer et à revivre avec leurs
masques ou avec leurs marionnettes, effigies des mythes, du passé.
Une quête s'impose alors, retrouver la figure du saint idéal pour apporter une cohérence à ce monde qu'ils découvrent. Il faut chercher, trouver le
« Sanctus Blabla ».
A quoi bon le chercher, ne vaut-il pas mieux après tout l'inventer ?
Canonisation et sanctification
Le Théâtre des 4 Vents et le Théâtre Blabla tentent de répondre à la question « Comment fabriquer un homme ? » : la
société moderne fabrique et détruit sans cesse des êtres qu’elle se représente comme des « étants supérieurs ». Cette forme spectaculaire, proche de la performance et du théâtre-danse,
hiératique et minimaliste, qui joue et croise les métaphores, les images, les sons et les symboles crée des tableaux allégoriques, pour critiquer les processus « machiniques » de la
sanctification et de la canonisation.
Cette fabrication du mythe répond à une problématique : la volonté d’être reconnu
par sa fabrication et de la créer pour être reconnu ; La société se fabrique une dialectique de la canonisation. On canonise ou on détruit l’acte de canonisation. Nous reprenons cette fabrication
du mythique et essayons de la comprendre par rapport à un discours social aux références chrétiennes. Suivant le Littré, la canonisation est « la déclaration par laquelle le pape met dans le catalogue des saints une personne morte en odeur de sainteté. Elle est un procès-verbal. Le
pape porte un jugement sur la vie du dit sujet qui se présente en état de sanctification. » La canonisation est un acte langagier cérémonial qui fait de l’histoire d’un « sanctifiable » réel ou imaginaire
une reconnaissance mystique. Cette déclaration porte sur la supposition de qualités qui correspondent aux critères de sainteté que la religion chrétienne estime autour de la vie des hommes.
Qu’est-ce qui nous intéresse dans cet événement ? C’est la production à partir de l’histoire d’une vie d’un contrat qui présente le dit-sujet comme un idéal humain (le plus proche de la
représentation idéale). La canonisation est un point central de la croyance religieuse et sociale. Pourquoi ? Elle rassemble la croyance mystique, la question de la
vérité, l’histoire humaine (dans ce qu’elle a de terrestre et de transcendantal), l’acte de reconnaissance, le contrat religieux, le sacré, le sujet et le langage. La religion s’appuie sur la vie
des saints, dans ce qu’elle comporte de formes sacrées entre le sujet et le pouvoir de Dieu. La canonisation reste avant tout un contrat de fabrication d’un « titan » lié à la parole
divine.
Les histoires de Saint-Blabla vont tenter de comprendre le système
de canonisation que la société se crée en remplacement des croyances religieuses.